Le témoignage d'Aurélie sur les origines d'Over the Rainbow
Dernière mise à jour faite le 15 juin 2009
Genèse d'une association
Lorsqu'on me demande comment et pourquoi OtR a été créée, je réponds que lorsque je suis arrivée à Strasbourg en 2003, il n'y avait pas d'association LGBTI sur la fac, et qu'après quelque temps j'ai décidé d'y remédier en montant OtR. C'était un raccourci qui me semblait assez juste. Aujourd'hui, en 2009, alors que je m'apprête à passer le relais de la présidence, que j'occupe depuis la naissance de l'association, je vais développer ce qui, je crois, m'a poussée à entamer ce combat.
J'ai essayé, dans un premier temps, de pallier ce manque en fréquentant les milieux festifs, je ne me sentais pas d'intégrer les associations qui existaient déjà sur la ville. J'avais la nécessité de me retrouver parmi des personnes qui ne me jugeraient pas, parce qu'elles étaient « comme moi ». Mais même si les milieux festifs ont leur utilité et permettent de ne pas se sentir seulE, j'en ai vite compris les limites : on se retrouve « entre nous », on devient corporatistes, on nous targue d'avoir un esprit communautarist..., ce qui n'est pas tout à fait injuste.
Le militantisme LGBTI était pour moi autre chose que ce qu'on retrouve dans les fêtes. Les fêtes restent tout de même, en grande majorité selon moi, un rassemblement d'individuEs, qui viennent en tant qu'individuEs, pour ne pas se sentir seulEs. Mais c'est un combat solitaire, individualiste. OtR ce n'est pas cela. C'est un regroupement d'individuEs, mais qui ne sont pas là juste pour défendre leur bout de gras. Je précise mes propos : je ne dis pas que les personnes qui fréquentent les milieux festifs ne pensent qu'à elles, mais ces milieux ont leurs limites, ils ne permettent pas d'avoir un espace de parole et d'écoute, et ne permettent pas non plus de prendre du recul par rapport à ce que nous vivons au quotidien dans cette société hétérocentrée et patriarcale.
Je souhaitais, et souhaite toujours, qu'OtR soit un lieu d'écoute et d'échanges, mais qu'elle soit aussi un espace de liberté. Cette liberté à laquelle on a droit, comme tout unE chacunE, mais dont on nous prive régulièrement.
Il y a deux jours avait lieu la Marche de la Visibilité Homosexuelle, Bisexuelle et Transgenre de Strasbourg. Je revois les gens sur leurs balcons près de la place Kléber, reprenant nos slogans plus ou moins radicaux et nous applaudissant. Et puis je me rappelle cette bénévole, dans une fête populaire, le soir même, me disant que cette marche n'avait pas lieu d'être. Que les homos n'avaient pas à en être fierEs. Que l'homosexualité existait depuis la nuit des temps mais que c'était bien mieux quand nous vivions cachéEs. « Pour vivre heureux, vivons cachés », elle est bonne celle-là ! Alors que les hétéros ne se gênent pas pour s'embrasser en public, sous les yeux de tout le monde, tous les jours, ça ne dérange personne, pourquoi nous, les bi, les gouines, les pédés, les trans', nous n'aurions pas le droit d'embrasser et d'avoir des gestes tendres en public ?
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